#2 PGD Le cristal automatique- Aimé Césaire

Une poésie par semaine dans ta boite mail

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thibaux

Le cristal automatique - comme une arme. Clac clac - j'entends le bruit métallique du chargeur qu'on enclenche dans un pistolet Glock ou un Tokarev. Le titre est encore là que le coup de feu du poème est déjà parti. La poésie n'est pas chargée à blanc. Elle tire à balles réelles. Le poète se balade armé ; Hubert Félix Thiéfaine ne s'y est pas trompé.

Les poètes aujourd'hui ont la farce plus tranquille

Quand ils chantent au profit des derniers Danâkil

Juste une affaire d'honneur mouillée de quelques larmes,

C'est quand même un des leurs qui fournissait les armes.

Affaire Rimbaud

Si tu t’attends à de l’eau de rose avec la poésie, tu vas être servi. De l’eau de rose rouge comme le sang, oui. Et le sang c’est la vie et le sang sans la vie c’est la mort et la mort sans sang c’est pire c’est blanc semblant de vie. Un, deux - respire ! Reprends ton souffle, relis cette phrase à voix haute autant de fois qu’il le faudra. Je suis juste en train de te préparer à la suite. De te préparer à vivre un poème dans ta chair.

Chez beaucoup de poètes, on pourrait parler d’une exagération, mais pas chez Aimé Césaire. Le cristal automatique ne prend pas son lecteur ou sa lectrice de haut. Une fois passées l’appréhension du titre, l’absence de toute ponctuation, une fois passée la vague, il arrive quelque chose de similaire au souffle de Dieu dans la genèse. Tu es vivant, le poème te remplit de désir et de larme salés. (la sudation de l’âme)

Prépare-toi à lire le poème ci-dessous comme pour une longueur de piscine. Sors la tête, respire à alternative régulière et travaille ta coulée jusqu’à ce que tu t’aperçoives que le poème t’a fait traverser la mer.

Le cristal Automatique

allo allo encore une nuit pas la peine de chercher c'est moi l'homme des cavernes il y a les cigales qui étourdissent leur vie comme leur mort Il y a aussi l'eau verte des lagunes même noyé je n'aurai jamais cette couleur- là pour penser à toi j'ai déposé tous mes mots au monts de-piété un fleuve de traîneaux de baigneuses dans le courant de la journée blonde comme le pain et l'alcool de tes seins allo allo je voudrais être à l'envers clair de la terre le bout de tes seins a la couleur et le goût de cette terre-là allo allo encore une nuit il y a la pluie et ses doigts de fossoyeur il y a la pluie qui met ses pieds dans le plat sur les toits la pluie a mangé le soleil avec des baguettes de chinois allo allo l'accroissement du cristal c'est toi... c'est toi ô absente dans le vent et baigneuse de lombric quand viendra l'aube c'est toi qui poindras tes yeux de rivière sur l'émail bougé des îles et dans ma tête c'est toi le maguey éblouissant d'un ressac d'aigles sous le banían

Les armes miraculeuses, Gallimard 1970

Anecdotes & Broutilles

L’anecdote te permet d’aller plus loin, mais pas plus que les pieds du poète qui chausse du 41.

  • Poète et homme politique, il reçoit de nombreux hommages et est cité par des personnalités aussi diverses que Nicolas Sarkozy, Booba, Ségolène Royal, Youssoupha, Dinos, Julien Clerc, ou Christiane Taubira. À ce titre on peut dire qu’il réussit à lui tout seul la créolisation du monde artistique et politique. (Cette dernière phrase n’engage que son auteur)

  • Mort à 94 ans, c’est son premier adjoint âgé de 101 ans qui prononce son allocution funèbre. (Mourir peut attendre)

  • La légende raconte que si tu transfères cette newsletter à quelqu’un de coeur, il traversera la mer pour toi. (rime riche non contractuelle).

C’est tout pour cette semaine, n’hésite pas à partager et commenter sur les réseaux avec #PoesieGD.

Et surtout, dis-moi ce que tu as aimé compris, détesté, mal appris. Bref, fais-moi part de ton sentiment. À la semaine prochaine dans ta boite mail.

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