#3 PGD Les ÉMANGLONS - Michaux

Une poésie par semaine dans ta boite mail

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thibaux

Pressé par l’actualité qui t’empêche de vivre le temps présent, la poésie peut t’aider. C’est un pari, un peu fou et à la fois tout à fait raisonnable. Une proposition particulièrement vraie pour le poème de la semaine dont la clarté du style agit sur moi comme une lampe qui déblaye les ténèbres du quotidien.

Celles et ceux qui sont nés au 20e siècle se rappellent surement ce générique de dessin animé qui résonnait dans nos oreilles « Et pour sortir des moments difficiles, avoir des poètes c’est bien utile, un peu d’astuce d’espièglerie, c’est ça la poésie ». Je réécris (un peu) l’histoire du divertissement, mais l’idée est là et l’air résonne maintenant dans ta tête.

Le bon air de la poésie, cette liberté d’user des mots comme bon nous semble. Cette liberté de lire sans comprendre, sans posséder les références. L’important n’est pas de connaître Henri Michaux, Johnny Hallyday ou Damso (tous trois natifs de Belgique), l’important est d’être aimé par un poème ou une chanson.

Peut-on parler d’amour à propos des Émanglons ? Ce peuple imaginaire qu’Henri Michaux rencontra lors de son voyage en grande Carabagne. Je ne sais pas, ils sont si excessifs. Mais le style est si doux et la description qu’en fait Michaux possède la qualité des histoires qui nous transportent hors de notre quotidien. Ce soir tu pars à l’étranger.

Les Émanglons

Quand un Émanglon respire mal, ils préfèrent ne plus le voir vivre. Car ils estiment qu’il ne peut plus atteindre la vraie joie, quelque effort qu’il y apporte. Le malade ne peut, par le fait de la sympathie naturelle aux hommes, qu’apporter du trouble dans la respiration d’une ville entière. Donc, mais tout à fait sans se fâcher, on l’étouffe. À la campagne, on est assez fruste, on s’en — tend à quelques-uns, et un soir on va chez lui et on l’étouffe. Ils pénètrent dans la cabane en criant : « Amis ! » Ils avancent, serrés les uns contre les autres, les mains tendues. C’est vite fait. Le malade n’a pas le temps d’être vraiment étonné que déjà il est étranglé par des mains fortes et décidées, des mains d’hommes de devoir. Puis, ils s’en vont placidement et disent à qui ils rencontrent : « Vous savez, un tel qui avait le souffle si chaotique, eh bien ! soudain, il l’a perdu devant nous. - Ahl » fait-on, et le village retrouve sa paix et sa tranquillité. Mais dans les villes, il y a pour l’étouffement une cérémonie, d’ailleurs simple, comme il convient. Pour étouffer, on choisit une belle jeune fille vierge. Grand instant pour elle que d’être appelée ainsi au pont entre vie et mort ! La douceur avec laquelle ces souffrants trépassent est comptée en faveur de la jeune fille. Car avoir fait qu’un malade s’éteigne doucement entre des mains agréables est, disent-ils, excellent pré- sage de dévouement aux enfants, de charité aux pauvres, et pour les biens, de gestion sûre. Elle trouve aussitôt bien plus de maris qu’il ne lui en faut, et il lui est permis de choisir elle-même. La difficulté est d’être douce à la fois et de serrer fort. Une coquette ne réussira pas, une brutale non plus. Il y faut des qualités de fond, une nature vraiment féminine. Mais quel bonheur quand on a réussi, et comme on comprend les larmes de joie de la jeune fille cependant que l’assistance la félicite avec émotion !

Ailleurs, Gallimard 1967

Anecdotes & Broutilles

L’anecdote te permet d’aller plus loin, mais pas plus que les pieds du poète qui chausse du 41.

  • Michaux se mit à dos une partie des journalistes de la capitale de l’Argentine qu’il quittait tout juste en déclarant « Buenos Aires une ville abstraite où il doit faire bon écrire. » (susceptibles les argentins ?)

  • Douze personnes seulement assistèrent à l’enterrement du poète. (promis, je vais essayer de parler des poètes vivants)

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