#POGD 29 Le bon, la brute, la cigale et la fourmi

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Depuis la cigale et la fourmi, le monde se divise en deux catégories : ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent. Pour la Fontaine les choses semblent claires comme de l’eau de roche. D’un côté la fourmi prévoyante, fusil à pompe en main. De l’autre la cigale affamée à qui la précédente tend une pelle pour creuser sa tombe.

La morale (la nôtre, pas celle de Jean de La Fontaine qui est plus futé que ça) admet communément que la cigale aurait dû anticiper. Un refrain que l’on connait par cœur. Pourtant, on peut lire les choses à l’envers ou du moins les réécrire.

Et c’est Françoise Sagan qui s’y colle dans le poème de la semaine. Romancière à succès, tant économique que critique. Millionnaire en livres vendus et en francs (la monnaie entre l’écu et l’euro). Interdite de casino en France et traduite en quinze langues, Françoise tient autant de la fourmi que de la cigale.

La joueuse rebat les cartes d’une vieille fable pour rappeler que dans la vie comme dans la poésie rien n’est certain. Tenez cette année les soldes de juillet ont commencées en juin. Comme quoi.


La fourmi et la cigale

La fourmi ayant stocké

Tout l’hiver

Se trouva fort encombrée

Quand le soleil fut venu :

Qui lui prendrait ses morceaux

De mouches ou de vermisseaux ?

Elle tenta de démarcher

Chez la cigale, sa voisine,

La poussant à s’acheter

Quelques grains pour subsister

Jusqu’à la saison prochaine.

« Vous me paierez, lui dit-elle,

Après l’Août, foi d’animal,

Intérêt et principal. »

La cigale n’est pas gourmande :

C’est là son moindre défaut.

Que faisiez-vous au temps froid ?

Dit-elle à cette amasseuse.

– Nuit et jour à tout venant

Je stockais, ne vous déplaise.

– Vous stockiez ? j’en suis fort aise ;

Et bien soldez maintenant. »

Françoise Sagan, La Fourmi et la Cigale, éditions Stock

L’anecdote te permet d’aller plus loin, mais pas plus que les pieds du poète qui chausse du 41.

  • Françoise Sagan (1935 -2004) voit son premier roman Bonjour tristesse accepté aux éditions Julliard alors qu’elle n’a que 17 ans. Le premier lecteur de la maison, homme érudit, ne peut s’empêcher de relever les nombreuses impropriétés du texte. Le titre notamment qu’il propose de rebaptiser prosaïquement Bonsoir tristesse, du simple fait que l’action en question se déroule le soir (logique ta mère..)

  • Lors du rattrapage en octobre de son premier bac, elle tombe sur ce commentaire « En quoi la tragédie ressemble-t-elle à la vie ? » Sa réponse tint en deux mots : « En tout. » (Pouloulou 🎶 🎶)

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